Et les lions se firent évincer par les petits écureuils et les gros nounours – Brève introduction à l’Art nouveau en Finlande

Bon gros ours bienveillant à l'entrée du Musée national à Helsinki. Photo de Doro 3/2023
Écureuils - Pohjolan talo, Helsinki
Écrevisses - Katajanokka, Helsinki

À l’approche du XXe siècle (vers 1895 donc) et à l’instar de leurs collègues en Europe, les architectes finlandais (et les artistes en général) veulent rompre avec les traditions artistiques de leur époque. Ils veulent se débarrasser aussi bien des règles strictes de l’esthétisme classique que du style pompeux néo-renaissance en vogue à l’époque. C’est ce qu’on appelle l’Art nouveau. D’une région à l’autre, cet art nouveau, fortement marqué par la couleur locale (la faune, la flore, les traditions de l’endroit), développera des spécificités nationales et aura des appellations différentes d’un pays à l’autre. On désigne généralement l’Art nouveau de Finlande sous l’appelation Jugendstil, parfois style romantique national.

Si un bâtiment ancien à Helsinki vous semble d’une pureté admirable, qu’il resplendit d’une blancheur éclatante ou qu’il rayonne d’un jaune lumineux, qu’il est imposant sans être pompeux, qu’il respire la symétrie sans être ennuyeux, il a probablement été dessiné par C.L. Engel et s’inscrit dans le style néo-classique. Les monuments de la place du Sénat – l’Université d’Helsinki, le Gouvernement (à l’origine le sénat) et surtout la Cathédrale luthérienne (l’église « blanche » d’Helsinki, grise en réalité, LE monument emblématique d’Helsinki) – conçus par  C.L. Engel et édifiés entre 1818 et  1852, sont représentatifs du style néo-classique.

Si un bâtiment vous fait penser à une imposante « pièce-montée », à un gâteau à la crème très festif, il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’un bâtiment conçu dans le style néo-renaissance. L’hôtel Kämp par exemple en est un bel example.

Les artistes finlandais veulent donc réinventer l’art et surtout ne plus le répéter.    – À bas la symétrie et les lignes droites (du néo-classique), à bas les façades bouffie d’orgueil (du néo-classicisme)!  On veut des courbures, des asymétries, de l’humain. La virilité, la Grèce antique, assez vu ! Mettons à l’honneur les charmes de la féminité et les beautés de notre nature, de la faune et de la flore de chez nous. On veut du confort et du local ! Lions et sphinx, disparaissez ! Soyez les bienvenus jolis cygnes, petits écureuils, gros nounours, grenouilles et écrevisses !

C’est la naissance d’un mouvement artistique décalé, nourri par le sentiment d’une conscience nationale, d’une mémoire collective finlandaise toute neuve, éveillée par le Kalevala, la grande épopée des Finlandais retracée par Elias Lönnrot. Lors de votre prochaine promenade à Helsinki (où on dénombre plus de 500 bâtiments Art nouveau, ou Jugendstil pour être plus précis), amusez-vous à relever les éléments de la faune et de la flore finlandaise. Je pense que vous serez aussi surpris que moi. Katajanokka, et tout particulièrement la rue Luotsikatu, me semble être le plus joli quartier Jugendstil d’Helsinki. Ou du monde en fait.

Le Jugendstil ne fleurit pas longtemps, les architectes s’en donnent à coeur joie pendant une quinzaine d’années seulement. En 1914, l’heure n’est plus à la rigolade, la première guerre mondiale donne le coup d’arrêt au mouvement Jugendstil.

Vous apercevez le moumine qui vous dit bonjour depuis sa fenêtre?
Que fait-il donc là ? (réponse dans mon article Katajanokka, l'île aux trésors)

Plaque sur la maison Tallberg - Photo de Doro
Helsinki, Luotsinkatu - Photo de Doro, 2023
Détail de la maison Tallberg
Maison Tallberg, sur la rue Luotsikatu - Photo de Doro

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